Sélectionner une page

Ce dimanche 10 mai la messe en direct reprendra sur Facebook  à 11 h 00, sans assemblée encore pour plusieurs semaines. Pensons en particulier aux jeunes qui devaient faire leur profession de foi ce dimanche. Que notre prière les soutienne.

Publiée par Eglise Saint Christophe Creteil sur Dimanche 10 mai 2020

Homélie du dimanche 10 mai: 5ème dimanche de Pâques

Frères et sœurs, en ce cinquième dimanche de Pâques, je ne me permettrais pas de vous poser la question qui m’a été gentiment rappelée car vous êtes bien au courant. D’une part, le Seigneur est Ressuscité et vraiment Ressuscité. D’autre part, le virus circule toujours et nous devons agir en conséquence en ces débuts d’allègements des mesures du confinement. Si l’espoir est grand permis, la victoire est encore à venir. Restons tous vigilants.

Ce contexte sanitaire que nous vivons nous rapproche et plonge étrangement dans celui où les Apôtres ont été saisis par cette nouvelle jaillie de l’intérieur du tombeau : le Crucifié est Ressuscité, la vie a triomphé de la mort. Certes, les circonstances sont différentes, mais cette conviction de foi de l’Eglise a vu le jour dans un contexte de confinement. Nous l’avons entendu les deux premiers dimanches de Pâques. Les évangiles ne nous ont pas rapporté des scènes d’apparition de Jésus Ressuscité au temple de Jérusalem par exemple. C’est dans les maisons, portes et fenêtres verrouillées, que le Seigneur Ressuscité rejoignait ses disciples et ceux qui y demeuraient enfermés ou confinés, discutant de ce qui s’est passé les jours précédents ou se remémorant certaines paroles de Jésus.

Depuis Abraham, Dieu s’invite chez nous, sous nos toits. Il fait de ces maisons, de nos maisons, les lieux de sa manifestation et de sa rencontre. C’est aussi à l’intérieur de nos maisons que s’organise l’annonce de la Bonne Nouvelle.

Le livre des Actes des Apôtres que notre Évêque, en septembre, nous a invité à lire, mentionne à plusieurs reprises combien la conversion et l’adhésion au message de l’évangile annoncé : Jésus est Ressuscité ou Jésus est le Seigneur, était une question de famille. Par exemple en Ac. 10, 40 s, Corneille et les gens de sa maison, façonnés par l’Esprit Saint reçurent le don du Baptême. Nous sommes loin de cette époque et il faut se garder d’en rêver. Toutefois, nous voyons combien le baptême, la première communion ou la profession de foi draine encore les familles et tous veulent vivre et être témoins de l’événement. Dans le contexte où toutes ces célébrations sont suspendues jusqu’à nouvel ordre, une chose est, cependant, certaine. Les liturgies domestiques que nous vivons avec amour et application vont laisser des traces. C’est en famille que nous allons préparer nos célébrations dominicales lorsqu’elles reprendront ou les prolonger, une fois revenus de l’église et des activités de dimanche après-midi. Nous y avons pris goût et intérêt. Elles ont déjà creusé en nous des sillons, ne les bouchons après la crise. Le service de la prière et de la méditation de la Parole de Dieu ensemble structure et éclaire les autres services, surtout celui du frère. Il est indispensable pour mieux s’organiser. Car il ne s’agit pas d’abord d’actions mais d’annonce de l’amour de Dieu par l’engagement de la vie.

La crise sociale que traverse la communauté primitive nécessite une nouvelle réorganisation, un réajustement structurel. Les frères de langue grecque, les non-juifs, ceux qui ne sont pas du cru sont scandalisés de la discrimination dont les veuves de leur groupe sont victimes dans le secours apporté à ceux qui en avaient besoin. Ces frères de langues étrangères n’ont pas fait que grossir le nombre des membres de la communauté. Celle-ci a changé de visages et de repères depuis leur arrivée en son sein et ils ne sont pas des fidèles de seconde zone mais des membres à part entière et entendent d’être traités comme tels. Et depuis ce temps, les nouveaux venus dans une paroisse ou diocèse, qu’ils soient néophytes ou non modifient le visage de la communauté qu’ils intègrent et bousculent ou du moins interrogent ses habitudes par leurs particularités. Dans l’église du Christ, dans le souffle de l’Esprit Saint et la sagesse divine, il n’y a que des pierres vivantes, toutes nécessaires à l’édification de la famille de Dieu, en Jésus, chemin de communion avec Dieu et avec les autres.

Pour les Apôtres, ce fut un challenge. Le changement des habitudes n’est pas impossible si l’Esprit du Ressuscité anime les fidèles. L’église est une multitude de frères. Tous sont appelés à rendre témoignage par leur application à la communion fraternelle dans la vérité et le respect dus à chacun; à sortir des ténèbres pour vivre en enfants de lumière. En tout cas, c’est ainsi que Jésus voyait la communauté des Apôtres après le lavement des pieds; c’est ainsi qu’il nous regarde d’aujourd’hui encore : « c’est à l’amour que vous uns pour les autres que tous vous reconnaîtront pour mes disciples « (Jn 13,35). Alors Pierre veut créer l’électrochoc en demandant aux uns et aux autres de mettre la main à la pâte, pour que l’annonce de l’évangile ne soit pas le dernier des soucis de la communauté. Et l’orientation est sans appel: « Il n’est pas normal que nous délaissions la Parole de Dieu pour le service des repas. Cherchez plutôt, frères, sept d’entre vous, estimés de tous, remplis d’Esprit et de sagesse, et nous leur déléguerons cette tâche. Pour notre part, nous resterons fidèles à la prière et au service de la Parole ». C’est de cette façon que la situation doit être réglée, par l’engagement dans l’Esprit Saint et la Sagesse et non par les critiques et les murmures dans le coin. Dans l’Esprit Saint source de Sagesse pastorale, notre Église est celle des pierres vivantes et non de pierres mortes.

C’est par la vie de fraternité dans le respect et la justice que le disciple s’approche véritablement de Jésus, Pierre angulaire, fonde sa foi sur lui et se laisse conduire au Père. Comme acte de foi, donnons à chacun la place ou le lien de communion qui lui est dû, dans la compagnie du Ressuscité, chemin vérité et vie.

P. Camille D SOMÉ FMI Cté IDF