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Homélie – Deuxième dimanche de Pâques

Ce dimanche de l’octave de Pâques a traditionnellement plusieurs appellations.

C’est le dimanche dit de l’apôtre Thomas qui n’était pas avec les dix autres le soir de Pâques lorsque le Ressuscité s’était présenté vivant à eux et qui refusait de croire tant qu’il ne l’aurait pas personnellement rencontré : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt à l’endroit des clous, si je ne mets pas ma main dans son côté, non, je ne croirai pas ». Disons que depuis ce matin de Pâques, Jésus n’est pas là où on pensait le trouver. Le tombeau est vide et il passe pour le jardinier pour Marie Madeleine, le voyageur inconnu d’Emmaüs complètement décalé, ou encore ce visiteur mystérieux qui devra se dévoiler.

Aussi catégorique ou primaire que cela puisse paraître encore à nos yeux, la réaction de Thomas se comprend : la foi vient de l’expérience de la rencontre du Ressuscité et fait appel à tous nos sens. C’est toute notre personnalité avec ses besoins de voir, toucher, sentir, goûter, entendre qui est impliquée dans la foi en Dieu. La foi a une épaisseur humaine soumise ç l’expérience de la rencontre avec Jésus Ressuscité. Comme nous pouvons le relever dans sa réaction, Thomas ne veut pas croire à une légende. Et rien ne le détournera de son désir de reconnaître dans le Ressuscité le crucifié, celui qui l’a autrefois appelé, qu’il a suivi avec les autres. Pour lui, cela va de soi qu’il entre en contact avec le Vivant non pas pour être au niveau que les autres mais parce qu’elle est essentielle. De fait, le reste du groupe est passé par cette situation de réserve, avant d’annoncer avec assurance que Jésus est Ressuscité. Ils n’ont pas cru spontanément au témoignage des femmes qui l’avaient rencontré en premier. Malgré les trois annonces de la passion, Jean relève que les disciples n’avaient pas compris que, selon l’écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts. Ils avaient la tête ailleurs, sans doute dans l’amertume de leur espoir déçu. Mais Thomas n’est pas que celui qui veut voir pour croire. Il est aussi l’auteur de cette belle profession de foi : « mon Seigneur et mon Dieu » d’une part, et d’autre part, celui par qui nous avons cette confidence du Ressuscité : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu » c’est à dire nous autres et ceux qui deviennent ses disciples grâce à notre témoignage de vie.

C’est également le dimanche « in albis » (en blanc). Les néophytes de la veillée pascale, revêtus de leur aube blanche de baptême sont accueillis avec leurs accompagnateurs pour prendre leur place dans la communauté ecclésiale. Avec ce dimanche commençait pour eux le temps d’approfondissement des mystères de la foi. C’est un temps de formation à la vie des baptisés dont ils ont été récemment initiés. La foi en Jésus Ressuscité qu’ils vont désormais annoncer par leur vie dans tout son déploiement humain, spirituel, familial et professionnel n’est pas acquise une fois pour toutes.

La leur est encore une jeune pousse qui aura besoin de soins pour sa maturité, ce que lui offre l’accompagnement de toute la communauté paroissiale dans ce qu’elle vit et célèbre : l’écoute fidèle de la parole de Dieu et l’enseignement des apôtres ; le prendre soins les uns des autres dans la solidarité concrète et la communion fraternelle ; la célébration des sacrements de la vie et en particulier l’eucharistie présence réelle du Ressuscité au monde. C’est là le secret de la vitalité de l’espérance à tous et à chacun et le chemin de la fidélité de la foi, une foi éprouvée, source d’amour et de joie capable de nous transfigurer dans l’épreuve.

C’est aussi le dimanche de la miséricorde divine instituée par le Saint Jean-Paul II à l’occasion du jubilé de l’an 2000. Cette miséricorde divine est source de paix pour celui que Dieu vient rétablir dans sa justice. Le Ressuscité offre aux apôtres, aux hommes, la paix acquise dans sa mort et à sa résurrection. Il est véritablement notre paix et notre réconciliation avec Dieu. La paix soit avec vous. C’est en elle qu’il envoie ses disciples offrir au monde l’amour miséricordieux de Dieu. Cette miséricorde n’est pas le fruit d’un accord. Elle résulte du déploiement du don de l’Esprit Saint dans l’exercice de la mission d’annonce de l’évangile. Comme dit Saint Pierre dans la deuxième lecture, le monde dans son espérance irrévocable est porté par la grande miséricorde de Dieu. C’est elle notre véritable force dans les combats et notre arme de victoire et de salut.

Ce dimanche comme celui de Pâques se déroule discrètement dans ce contexte orignal du confinement lié à la pandémie du Covid 19. Pour certains c’est comme un rêve et nous sommes impatients comme Thomas d’attendre le jour où, derrière le cierge pascal nous chanterons, par exemple, pour célébrer le Ressuscité :

Dieu nous accueille en sa maison

Dieu nous invite à son festin

Jour d’allégresse et jour de joie, Alléluia !

Ou bien

Jubilez ! Criez de joie ! Acclamez le Dieu trois fois Saint !

Venez le prier dans la paix ; témoigner de son amour

Jubilez ! Criez de joie ! Pour Dieu, notre Dieu.

Plus d’un reprendront à leur compte avec raison ces mots de Thomas : « Mon Seigneur et mon Dieu ». ‘Oh mon Dieu qu’il était temps’. Comme Thomas, nous inspecterons les mobiliers de l’église et tout ce qui peut nous rendre à l’évidence de la présence du Seigneur.

En continuant la lutte ensemble, soutenons les efforts des uns et des autres par la prière et le respect des consignes barrières

Que le Ressuscité nous donne sa paix et nous rende forts dans les épreuves. Car c’est avec lui, Médecin des âmes et des corps, que nous livrons bataille.

P. Camille D SOMÉ  FMI Cté IDF