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Paroisse Saint Christophe de Créteil

Cène du Seigneur

Bonsoir à vous tous et toutes qui nous recevez chez vous par les moyens et techniques modernes de communication pour cette célébration d’entrée dans le Triduum pascal: la Sainte Cène du Seigneur. Nous sommes en communion avec nos frères juifs qui, depuis hier soir et jusqu’au 16, célèbrent la libération de l’esclavage d’Égypte par Dieu de leurs pères et nos ancêtres dans la foi. Que notre prière commune s’élève vers le Dieu libérateur, qui nous fait passer de la mort à la vie et au salut. Jeudi Saint, fête de l’Institution de l’eucharistie et du sacerdoce ministériel qui repose sur le sacerdoce baptismal. À ce titre, bonne fête à nous tous qui célébrons dans ces conditions particulières, la Cène du Seigneur.

Nous portons à son autel le désir profond à chacune et chacun d’être avec lui, de le recevoir dans la foi. À nous tous, comme à ses disciples à Jérusalem, Jésus fait la même confidence: « j’ai désiré, je désire d’un grand désir manger cette Pâque avec vous ». Ce désir de Jésus se réalise chaque fois que e peuple des baptisés rassemblés en son nom célèbre le mystère de sa mort et de sa résurrection.

Jésus, sachant déjà son heure venue, veut prendre le temps avec le groupe des apôtres et avec chacun d’eux, dans l’intimité d’une salle familiale prêtée un chef de famille. Ce dernier repas pascal, ardemment désiré, doit rester gravé dans leur cœur et les faire vibrer autrement; il va tout reconfigurer. Ce sera une Pâques pas comme celles qu’ils ont déjà vécues avec lui. Celle-ci sera différente, c’est la dernière du Seigneur, qui scelle son passage de ce monde à son Père. Ils doivent comprendre définitivement que la Pâques n’est pas d’abord et avant tout une question de rites à accomplir, de récits des actions salvifiques d’un passé lointain à rappeler mais un amour accompli à vivre – il les aima jusqu’au bout- une entrée dans l’alliance de Dieu avec les hommes qui reconnaissent et célèbrent ses bienfaits aujourd’hui, comme dit Saint Paul dans la deuxième lecture: « chaque fois que nous mangeons ce pain et que nous buvons à cette coupe, nous proclamons la mort du Seigneur , jusqu’à ce qu’il vienne »

Pour que cette Pâques reste gravée dans les mémoires de ses disciples d’hier et de tous les temps à venir Jésus va choisir deux gestes du quotidien d’une profondeur théologique mais aussi d’une simplicité et d’une délicatesse déconcertantes.

 

Ce sont deux gestes maternels plein d’humilité et de tendresse : nourrir et redonner fraîcheur et propreté au corps par le bain de l’eau. Par eux, Il révèle à portée de son incarnation et les conditions de vie de ses disciples: « Prenez et mangez ceci est mon corps livré pour vous; prenez et buvez ceci est mon sang versé pour vous et pour la multitude en rémission des péchés». La communauté des disciples est constituée autour de l’eucharistie même quand elle doit se contenter de la communion spirituelle comme notre cas depuis plusieurs semaines.

Devant chacun, Jésus va s’incliner, fléchir le genou comme devant un dieu pour lui laver les pieds. Il montre jusqu’où l’Alliance nouvelle scellée en son sang conduit à la fois et Dieu et l’homme. Dieu se donne et honore l’homme qui le reçoit et témoigne de lui par une vie de don gratuit et de service. C’est pourquoi Jésus a conclu chaque geste par une invitation à l’imiter : « Faites ceci en mémoire de moi » pour l’eucharistie ; « Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi vous devenez vous laver les pieds les uns aux autres. C’est un exemple que je vous ai donné afin que vous fassiez, vous aussi, comme j’ai fait pour vous » pour le lavement des pieds.

En ce carême particulier l’occasion nous est donnée de vivre ce geste dans l’intimité familiale dans la célébration de la liturgie domestique qui vous à été proposée dans ce contexte de confinement. Ainsi, avec cœur, les époux se laveront mutuellement les pieds; les parents et les enfants (les parents laveront en premier les pieds de leurs enfants), les fratries là où il en existe et quelles que soient les réalités qu’elles recouvrent. Là encore, c’est l’aîné (e) qui commencera.

Comme Jésus lui-même le dit à Pierre, nous laver les pieds c’est nous donner accès à sa personne, à sa vie: « Si je ne lave pas, tu n’auras point de part avec moi ». Nous laver les pieds les uns aux autres, c’est intégrer chacun dans notre vie, lui faire une place, celle que nous voudrions tenir en lui.

Les deux gestes ont donc le même objectif, nous associer intimement à Jésus, au mystère de sa Pâques, et créer les conditions de communion vitale entre les hommes. Cette communion nous lie aux malades et à leurs familles, aux personnes âgées et isolées, à ceux qui nous ont quitté sans au revoir et à leurs familles, aux aumôniers, personnel médical et soignant. A ces derniers, je voudrais m’excuser pour cette paraphrase que je leur fais dire: « Pour nous donner aux malades et leur laver les pieds comme Jésus nous le recommande, nous sommes auprès d’eux avec dévouement. Pour vous donner à nous et nous laver les pieds, merci de rester chez vous en faisant l’effort de vous comprendre et nous accueillir mutuellement ».

Que ce carême exceptionnel nous fasse redécouvrir la joie du don total à Dieu et aux autres, de servir comme Jésus à l’autel de nos vies et de lui ressembler par ces engagements d’amour. ´En cela tous vous reconnaîtront pour mes disciples.´

Père Camille SOME